Voici les extraits des articles  du Bulletin N19 de l'association.
JUILLET 2003

    


SOMMAIRE DU N 19


Editorial: Gerard LABONNE  Traduction D.M: 



 

Editorial

 

Edito : Alouette, gentille alouette,...  

Alouette, gentille alouette,...

Sur le trajet qui me menait sur les lieux de notre entretien avec Nikos Psilakis, écoutant " Radio Kriti " qui diffusait, en français, un spot publicitaire sur une comptine " Alouette, gentille alouette… ", je me remémorais ma dernière discussion, au mois de mai, avec les dirigeants de l'Institut français qui s'obstine fallacieusement à présenter la fermeture de ses annexes dans toutes les villes de Grèce comme un moyen de promotion de la langue française.
De surcroît, l'énorme tollé provoqué en Grèce par la dernière gaffe du même Institut, proposant à l'examen du DELF (diplôme d'enseignement de la langue française) un sujet si insultant à l'encontre de la Grèce qu'il a obligé l'Ambassade de France à présenter des excuses officielles (voir " Brèves ") nous conforte dans l'idée que la politique culturelle française souffre d'un mal profond .
Ce déclin de la culture française à l'étranger ne peut être dissocié des mouvements qui agitent actuellement l'hexagone. Les enseignants, les intermittents, les archéologues ont exprimé avec beaucoup d'énergie la problématique de la politique culturelle dans notre pays : outil d'intégration sociale, de progression des connaissances ou simple marchandise servilement soumise aux lois du marché. Devant cette alternative, il convient de poser le rôle des associations culturelles comme la nôtre. Là aussi l'actualité nous pousse à la réflexion. Au cours des quatre jours " France : Capitale Crète ", nous avons assisté à des manifestations de qualité (voir article dans ce bulletin) et, à travers l'organisation de cet événement, nous avons pu mesurer comment les institutionnels français (Ambassade et Institut français) conçoivent dorénavant le rôle des associations culturelles. Force est de constater qu'ils ne les considèrent plus comme des lieux de démocratie sociale complément de la démocratie politique, ni comme outil de la démocratie participative complément de la démocratie médiatique ainsi que les définissaient les fondateurs de la loi de 1901 . Elles sont, aujourd'hui, de plus en plus instrumentalisées pour devenir les petites mains d'une politique culturelle réduite à quelques manifestations à grand spectacle. A leur charge, ensuite, de faire vivre au quotidien une image rayonnante de la France en quémandant les moyens nécessaires auprès de sponsors éventuels.
Heureusement que l'on ne réduit pas la culture de la France aux frasques de ses dirigeants ou de ses représentants ; les voyageurs de l'hexagone sont de plus en plus nombreux à venir fouler cette terre merveilleuse, à connaître ses traditions, à vouloir échanger, dialoguer avec les habitants de la Crète dans le respect et l'amitié. Ils donnent ainsi une image plus conforme aux valeurs fortes de notre pays.
Alors, bonnes vacances en Crète.

Grard LABONNE

 

 


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Le monastère de Moni Toplou

 

A l'extrémité Est de la Crète, à seize kilometres environ de Sitia, sur la route de la palmeraie de Vaï, au terme de vertigineux lacets, se dresse, majestueuse et austère, la silhouette imposante du monastère de Moni Toplou. Culminant à cent soixante mètres au-dessus du niveau de la mer, cette forteresse altière règne sur l'incommensurable domaine qu'elle a assujetti au fil des siècles.
Même si les origines de ces lieux demeurent mystérieuses et reposent plus sur des conjectures que sur de réelles données historiques il est néanmoins intéressant de reconstituer les principales étapes de son histoire et de son influence sure cette région de la Crète.
Un peu d'histoire :
Sans doute bâti sur les ruines d'un temple dédié à un dieu de l'antiquité, puis celles d'un monastère plus ancien " Agios Isodoros " (qui a donné ensuite son nom au cap Kavo Sidero), le monastère, gratifié à cette époque, au XVème siècle, du patronyme de " Akrotiriani " aurait été édifié après la découverte d'un icône de la vierge Marie par les habitants, avant 1500 après Jésus Christ. Il était déjà constitué d'un imposant monastère de 800 m2 environ. Son église comportait deux ailes dédiées l'une à la vierge et l'autre à St Jean Théologien.
C'est environ à la fin du XVème siècle que, pour résister aux pirates qui écumaient les côtes de l'île, les vénitiens effectuèrent des fortifications afin de protéger cet édifice situé dans une zone particulièrement exposée.
Pillé en 1530 par les chevaliers de l'ordre de Malte ce monastère de Toplou subit de lourds dommages ( peut-être même s'écroula-t-il) sous les secousses du séisme de 1612 qui ébranla tout l'Est de la Crète.
Rapidement reconstruit, il est investi en 1646 par les Turcs qui le mettent à sac à leur tour et contraignent les moines à abandonner le monastère. C'est en 1673 que les Turcs lui donnent le nom de Toplou (on suppose que " top ", canon en turc, vient d'un boulet de canon découvert par ces envahisseurs en 1645 et peut-être " plou " correspond-il à l'abréviation de " plousios ", riche, en grec).
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L'icône MEGAS EI KYRIE de Moni Toplou (1770)

 

Oeuvre majeure du peintre crétois Ioannis Kornaros (1745-1796), l'icône appelée Megas ei Kyrie, "La Grandeur de Dieu", date de 1770. Elle est considérée comme un des chefs-d'œuvre de la miniature crétoise. Elle est vénérée par les gens du pays qui pensent qu'elle représente la guérison chrétienne universelle.
De grande taille, 133cm sur 85cm, elle contient plusieurs centaines de personnages répartis en 61 scènes, chacune numérotée et sous-titrée. Une restauration récente vient de lui rendre tout l'éclat et toute la subtilité des couleurs.
Virtuose des éléments et des personnifications, I. Kornaros vivifie ses oeuvres en utilisant les formes les plus fondamentales de la "manière grecque" héritée en droite ligne de la tradition des Paléologues, de la conception antiréaliste byzantine et de la "manière italienne
L'icône comprend 4 compositions principales entourées par 57 petites scènes illustrant l'Ancien et le Nouveau Testament. Ainsi le peintre I. Kornaros a pu illustrer un par un les vers de la prière de la Grande Bénédiction "Tu es grand seigneur, tes œuvres sont admirables…". Les scènes sont séparées les unes des autres par des nuages, par des plissements du sol, par des cités, par la mer, par les rivières et les ruisseaux…
Les quatre éléments qui ont créé le monde sont personnifiés soit par une figure masculine soit par une figure féminine: le feu (4) et l'air (24) à gauche, la terre (5) et l'eau (9) à droite
Tout en bas on peut lire : "Oeuvre de Ioannis Kornaros, âgé de vingt-cinq ans, grâce au très révérend Higoumène Parthénios, moine, surnommé Kaphouros, dans la cinquième année de sa fonction, 1770. - "Don du servant de dieu Dimitrios, de son épouse et de leurs enfants"
Les 4 principales compositions, de haut en bas
I - la Sainte Trinité couronnée (3)
Un vieil homme assis représente le Père, un homme plus jeune le Fils, la colombe symbolise le Saint Esprit et un globe la Terre. La hiérarchie des anges les entoure : archanges, anges, séraphins, chérubins…
Tout autour de la Sainte Trinité sont représentés en hémicycle les 12 mois de l'année, 6 à droite, 6 à gauche avec dans chaque zone le signe du zodiaque correspondant.
A gauche, le soleil rayonnant à l'intérieur duquel se trouve un jeune homme ailé, à droite la lune à l'intérieur de laquelle se trouve une femme ailée.
II - le Baptême de Jésus-Christ (49)
Saint Jean le Prophète baptise Jésus-Christ entouré par des anges. Au-dessus est représenté Dieu le Père tenant la sphère du monde dans la main gauche et prononçant "tu es mon fils aimé…". Entre le Fils et Dieu le Père, sous la forme d'une colombe, le Saint Esprit. La scène se passe dans le fleuve Jourdain. Jésus marche sur des têtes de dragons.
III - la Sainte Vierge et l'enfant Jésus avec Adam et Eve (43)
La Sainte Vierge est représentée avec sa couronne, assise sur un trône avec JC dans ses bras. A sa droite Adam les mains croisés devant sa poitrine, à sa gauche Eve écrasant le serpent. De sa main gauche la vierge tient vigoureusement le bras d'Eve. Derrière Adam, l'arbre du savoir plein de fruits. Deux anges tiennent d'une main la couronne de la Sainte Vierge et de l'autre main une banderole "je te salue Reine de tous, gloire des anges, Marie la plus pure".
IV - la Descente de Jésus-Christ aux enfers, dans la grotte d'Hadès (42)
Jésus-Christ, le triomphateur, est représenté au-dessus des morts, il porte la croix de la résurrection. Il élève de ses mains Adam et Eve et libère ainsi du péché les ancêtres du genre humain.

 



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France capitale Crète.

 

Manifestation organisée par l'Ambassade de France en partenariat avec l'Institut Français d'Athènes, les associations " Entre deux mers- Régions d'Europe ", " Franco hellénique d'Héraklion ", la région Corse, les villes d'Héraklion, de Rethymnon en Crète.

Jeudi 8 mai : centre de recherches ethnologiques de Vori.
Exposition des œuvres de M. Drouin sur le thème " les maisons traditionnelles du Bordelais ". Présentation réalisée par l'association ERE grâce au travail de recherche de Bernard LARRIEU
20h30 : - Projection du film-documentaire réalisé par Alain GLYKOS, dans lequel il retrace le périple de son père Manolis qui quitta son village en 1922, pour se rendre à Athènes puis en Crète, à Marseille, et enfin à Bordeaux. Partage d'émotions et souvenirs avec Alain GLYKOS, qui répondit ensuite à quelques questions du public.
22h : - Spectacle musical avec le groupe de chanteurs traditionnels de Rethymnon, et " Cinqui so ", groupe de Polyphonie corse.
Ce partage de " voix " retint l'attention des personnes présentes, et se poursuivit par un échange de quelques accords de guitare corse et de lyre crétoise. Enfin les 11 hommes se retrouvèrent pour une ultime danse.

Vendredi 9 mai :
17h30 : conférence- dédicace à la librairie " Analogio " d'Héraklion avec Françoise Xenakis qui avec, humour, anecdotes et parfois des remarques teintées de remords, nous parle de son mari " qui était solaire , mais n'avait aucune diplomatie avec les humains ".

Samedi 10 Mai 2003 - Héraklion
11h30 - Hommage sur le tombeau de Nikos Kazantzaki, en présence des officiels d'Héraklion, et du président de la Société des Amis de N. Kazantzaki,
Georges STASSINAKIS.
Moment émouvant lorsque le groupe Cinqui So entonna l'hymne corse près du tombeau.

Samedi 10 Mai 2003 - Héraklion
14h - au cours d'une cérémonie privée organisée par la mairie d'Héraklion au restaurant " ?d?? ???a??? ", le représentant de l'Ambassade de France a remis la médaille de Chevalier des Arts et Lettres a nos amis Yannis MARCAKIS, Président de l'Association franco-hellénique d'Héraklion et Christophe VALLIANOS, fondateur du Musée Ethnologique de Vori.
Encore un moment émouvant qui récompense la volonté, l'investissement désintéressé, le travail tenace de nos amis mis au service de l'amitié franco grecque.
Après-midi : match de football entre le Lycée français d'Agia Paraskevi d'Athènes et l'équipe d'Ergoteli, club des collèges d'Héraklion. Ce match , organisé par nos amis d'Héraklion, a vu la victoire française sur le score de 3 à 2.
20h30 - Place St Titus. Nouvelle rencontre entre le groupe de Réthymnon et le groupe venu de Corse , soirée particulière sur les marches de la cathédrale, où la plupart des spectateurs, debout, redemandèrent encore et encore de cet échange de voix bouleversant.

Dimanche 11 Mai 2003 - Peza
14h - Un petit cours d'œnologie suivi de dégustation de vins bordelais, corses et crétois dans la Cave de " Minos " à PEZA
Buffet corse. Discussion entre les différents organisateurs de ces journées franco-crétoises et les associations présentes (dont la nôtre).

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le représentant de l'Ambassade de Franceremet la médaille de Chevalier des Arts et Lettres a notre ami Yannis MARCAKIS, Président de l'Association franco-hellénique d'Héraklion


Moment émouvant lorsque le groupe Cinqui So entonna l'hymne corse près du tombeau.

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Humour:

 

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Plus loin, imperturbable, tel un estivant en mal de bronzage, le cône inversé de viande de porc parfait le hâle régulier de sa chair devant les résistances rougeoyantes du grill ; la crème blanche des bacs à tzatziki remplis jusqu'à la gueule profite des délices de la fraîcheur ; les pitas attendent le moment opportun pour brunir recto verso sur la plaque luisante ; les friteuses maintiennent à température l'huile qui, sous peu, va bouillonner et offrir son bain aux produits surgelés ; les machines à glace peinent pour maintenir la consistance de leur crème italienne ; les armoires à boissons rafraîchissantes tendent leurs poignées tentatrices : La guerre du chaud et du froid est engagée pour la journée.
Derrière son comptoir, sourire aux lèvres, le barman, a oublié de se raser, rien de grave !

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L'invité du mois Nikos Psilakis

 

1- Nikos Psilakis, tu animes une émission quotidienne sur Radio Kriti, tu as écrit de nombreux livres de références sur les églises et monastères crétois ; tu es un des créateurs de l'académie du goût de Grèce et avec Maria, ta femme, tu as publié des ouvrages sur les traditions culinaires crétoises. Qu'est-ce qui te motive pour conduire une activité aussi diversifiée ?

N. P. : Je ne sais pas.
Peut-être parce que je suis amoureux de tout ça qui n'est pas aussi diversifié qu'il n'y paraît.
Je suis parti de mon amour pour la recherche et pour mon pays.
Cet amour pour mon pays m'a conduit à rester dans mon pays, en Crète ; c'est-à-dire dans un lieu où les conditions n'étaient pas les meilleures pour que quelqu'un exerce un métier comme le mien : le journalisme. Parallèlement au travail, j'ai commencé à étudier systématiquement l'histoire, en recherchant des manuscrits, et des documents dans les monastères de Crète . J'ai eu besoin de plus de 10 ans pour mener à terme cette recherche.
Je suis allé de 5 à 10 fois dans chaque monastère, j'ai feuilleté les livres des bibliothèques, j'ai vu les manuscrits, les archives, j'ai cherché dans d'autres archives en Crète et hors de Crète Avec pour résultat : j'ai écrit et publié deux tomes qui ont pour titre " Monastères et ermitages de Crète ". Bien sûr, l'objectif n'était pas celui-là. Je n'ai pas fait cette recherche pour publier des livres. Je l'ai fait parce que cela me plaisait. Après que tant de matériaux aient été rassemblés, ils ne pouvaient rester ma seule propriété. Je voulais que tout le monde les connaisse.
Toutes ces années pendant lesquelles je retournais dans les monastères, j'avais toujours avec moi, l'agréable compagnie de Maria et Efi, ma femme et ma fille .
Chaque samedi et chaque dimanche, nous nous trouvions dans les villages, les monastères, les montagnes. Quelquefois, nous nous asseyions dans les tavernes et nous parlions avec les gens. Maria questionnait les femmes, rassemblait des éléments sur leur alimentation et leurs recettes de cuisine. Elle le faisait parce que la cuisine lui plait et elle ne pensait pas du tout à publier ces recettes. Elle l'a fait à son goût, pour son plaisir. Il faut que je vous dise que la collecte des recettes avait démarré bien avant, il y a 20 ans. Lentement, elle a rassemblé un véritable trésor. Toute la gastronomie crétoise ! Parallèlement nous avions commencé une étude sur les fondements matériels de la culture. Il nous a intéressé de savoir comment vivaient les hommes 2000, 3000, 4000 ans auparavant ? Que mangeaient-ils ? Comment se rasaient-ils ? etc.
Ainsi est édité le livre sur l'alimentation crétoise, sur la cuisine crétoise, ainsi que les autres livres sur " L'huile d'olive ", " Le pain et les pâtisseries des Grecs ", " Les plantes dans la cuisine "


 

 

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.Mots croisés.

 

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