Voici les articles  du Bulletin N16 de l'association.
troisième trimestre 2002
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SOMMAIRE DU N 16


Editorial: Gerard LABONNE  Traduction D.M: 



 

 

Editorial

Phénomènes climatiques ou méfaits humains?
 

D'un geste de la main, Nikos balaie le paysage : " Tu vois le village de Kaloni ; les vignes qui sont autour ne produiront rien cette année, il n'y aura ni vin, ni raisin sec " ; les larmes aux yeux, il poursuit, désabusé "Tu sais l'hiver que nous avons eu ! la neige est tombée jusqu'à Sitia, et l'été n'a pas été mieux ; il a plu fin juillet, du jamais vu depuis 60 ans nous ont dit les anciens. Août a été pire, avec des orages violents ; tu as le résultat sous les yeux ; les raisins sont pourris sur pieds. Le vin d'Archanes 2002 sera rare .

"En écho, j'évoque la situation française " après la Picardie l'année dernière, le Sud de la France est touché par des pluies diluviennes, le département du Gard est inondé, des dizaines de personnes ont péri dans cette catastrophe "

.Comme beaucoup de citoyens nous nous interrogeons : le climat serait-il devenu imprévisible? Que se passe-t-il ?

Comme tout un chacun, nous recherchons les causes, les responsabilités.

Nos propos nous amènent sur le sommet du développement durable de Johannesburg qui vient de se conclure. Le document final de cette rencontre mondiale marque, comme seule avancée, l'urgence pour les principales puissances non encore signataires de ratifier le protocole adopté à Kyoto en 1997. Les grands de la planète discourent mais, comme le disait déjà Platon à son époque, l'art du bien parler est l'art de l'illusion. Et l'illusion ne peut suffire à remettre de l'ordre dans ces dérèglements climatiques, dans ces drames porteurs de nouvelles inquiétudes.

Gérard LABONNE

 

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Récit de voyageurs

 

CLAUDINE, CATHERINE, SABINE ET JEAN-GUY EN CRETE DU 8 AU 22 AVRIL 2002

Texte établi par Jean-Guy en modifiant un récit plus personnel de Sabine
Les préparatifs

Le projet
Notre idée était de découvrir la Crête, nous dépayser, randonner, observer la nature.
Quinze jours de vacances à quatre amis.
Un peu à l'aventure, par manque de temps pour préparer vraiment le parcours.

Contacts avant le départ
" Demandes d'informations à l'association " Crète : terre de rencontres "
" Réservation des billets d'avion charter Nouvelles Frontières (départ et retour les lundis)

Livres et cartes emportés
" Les deux cartes : de la Crète au 1/ 100.000 de Harms IC Verlag, achetées à l'Astrolabe
" Le grec de poche (Assimil évasion)
" Guide Gallimard Crète
" Guide du Routard Grèce
" Faune et flore méditerranéennes (Gründ Nature Poche)
" Un guide ornitho
" Fleurs sauvages de la Grèce (de Georges Sfikas, Efstathiadis Group) acheté sur place
Petit journal de voyage

Le parcours des deux semaines
Héraklion, La Canée, Kefali, Hrisoskalitissa, Elafonissi, Paleochora, Sougia, Omalos, Sougia, Loutro, Hora Sfakion, Héraklion.

Lundi 8 avril
Départ de Paris, arrivée à Héraklion après 3 heures de vol.
Alors que l'avion était bien rempli, nous étions les seuls à prendre un bus régulier pour aller au centre-ville (les autres passagers ont empli des cars pour touristes, des taxis ou des voitures de location).
Le syndicat d'initiative à Héraklion était (si nous avons bien compris) " fermé cette année suite à des problèmes ".
Chambre rapidement trouvée au Rent Room Hellas (adresse du Routard).
Visite intéressante du musée archéologique, notamment pour les remarquables poteries et figurines en terre cuite. Mais fresques un peu décevantes pour ce qu'il en reste.
Depuis la terrasse de l'hôtel où nous petit-déjeunons, la vue sur les toits est étonnante : nombreux réservoirs cylindriques ou citernes, panneaux solaires, terrasses surmontées de petites maisons à un niveau ou autres édicules, ferraillages verticaux qui prolongent les maçonneries, câbles électriques aux parcours inattendus…

Mardi 9 avril
Bus pour aller visiter Knossos.
Au pique-nique nous savourons des feuilletés aux herbes et des feuilletés au fromage.
Puis ballade sur la colline en face du site antique : iris de Crête, orchidées (serapia et autres), anémone blanche, glaïeul d'Illyrie.
Et nous prenons plaisir à faire voler les parachutes géants des fruits des salsifis sauvages.

Mercredi 10 avril
Bus pour La Canée. Voyage plus long que ce que nous supposions en regardant une carte. Chambre assez rapidement trouvée chez l'habitant, près du marché couvert, grâce à une enseigne en façade. Visite de la ville.
Minaret et mosquée rappellent la période turque de la ville.
Emouvante et gracieuse synagogue.
Des poulpes (ou pieuvres ?) sèchent à un mur.
Port agréable. Vestiges minoens dans certains quartiers.

Jeudi 11 avril
Un petit tour jusqu'au marché populaire des bastions ouest, puis bus pour Kefali.
Pendant le trajet nous constatons avec étonnement que certains paysages sont très verdoyants.
Nous commençons à Kefali la partie pédestre de nos vacances. Et Kefali en grec signifie… : TETE !! Nous allons suivre, à quelques variantes près, le sentier européen E4.
Après avoir confortablement pique-niqué dans le village (table et banc en bois), en avant ! -d'autant plus qu'il est déjà presque 16h 30mn…
Nous traversons le village de Vathi, et sur les bords de route découvrons l'orchis d'Italie et l'ophrys de Crète (reconnaissable par ses deux bandes blanches).
Puis une route serpentant au creux de paysages montagneux de type garrigue nous conduit vers Stomio , où nous espérions trouver un hébergement.
Mais de Stomio, bombardé en 1940, il ne reste que des ruines et une cimenterie (nous n'avions pas pris soin de bien lire la carte, dont la légende précise qu'il s'agit d'un ancien village).
Le crépuscule arrive et nous échouons finalement dans un hôtel-restaurant à l'entrée du village de Hrisoskalitissa. Les tenanciers, qui nous avaient peut-être vus de loin, semblaient nous attendre, comme des pêcheurs qui savent que les poissons tomberont inévitablement dans leurs filets. Mais ces pêcheurs s'avèrent très sympathiques (bons dîners et belles chambres à prix doux ).
Nous apprenons avec le patron à dire " Polis aeras " (= beaucoup de vent) , et ce vent est étonnamment chaud.

Vendredi 12 avril
Nous atteignons rapidement le monastère de Hrisoskalitissa, que nous visitons lentement, en observant les paysages en contrebas : d'un côté des champs petits comme des mouchoirs de poche, de l'autre un bord de mer aux rochers déchiquetés.
Puis marche jusqu'à Elafonissi ; une chapelle, deux chiens faméliques attachés au bord de la route, des oliveraies puis des serres à tomates.
Ile d'Elafonissi. Site classé Natura 2000 .
Nous n'avons pas réussi à gagner l'île à pieds, n'ayant pas trouvé l'itinéraire par lequel la mer n'est guère plus profonde qu'une rigole.

Samedi 13 avril
D'Elafonissi à Paleochora.
Quand nous partons le temps est incertain, mais la sagesse de l'hôtelier nous encourage et accroît notre vocabulaire : " Polis aeras, ochi nero " (beaucoup de vent = peu de pluie).
Nous empruntons un sentier à flanc de montagne et proche de la mer, à végétation de phrygana. La mer offre ses camaïeux bleus.
Pique-nique à côté d'une chapelle blanchie à la chaux.
Découverte d'une petite plage jonchée de restes de colonnes très usées par le temps, sur lesquelles on devine d'anciennes cannelures : serait-ce un ancien port antique ? ou un navire chargé de précieux matériaux de construction aurait-il échoué sur ce rivage ? Plus loin, un Adam germanique et son Eve semblent avoir trouvé leur paradis dans une petite crique.
Notre itinéraire finira par emprunter une voie goudronnée bordée de nombreuses serres de tomates et concombres.
Nous nous égarons sur une petite route en cul de sac. Nous y ramassons des citrons et en pressons le jus dans nos gourdes. Nous nous asseyons sur un banc de pierre jouxtant une fontaine. Un crabe échappé (d'où ?) circule dans une rigole. Un peu plus loin une fillette joue tranquillement, puis intriguée par notre présence elle nous salue par un " yaaa ".
La route s'approche de Paleochora. Nous découvrons soudain celle que nous reverrons souvent : la serpentaire, ou dragon commun, avec sa fleur rouge sombre dressant sa hampe diabolique…
Puis nous admirons un splendide vol de plus de cinquante aigrettes.
A Paleochora une vive logeuse en pyjama qui nourrit ses chats nous loue deux belles chambres modernes avec terrasse et salles de bains.
Nous allons manger à l'entrée de la bourgade (adresse du Routard). Bonne soupe aux haricots.

Dimanche 14 avril
Petit déjeuner dans une pâtisserie de Paleochora. Puis balade de Sabine, Claudine et Catherine dans l'arrière pays. Sieste sous les oliviers. Observation de gobe-mouches qui volettent.
Fatigué par un début d'angine, je me contente de visiter le sommet de la presqu'île (où se situent les ruines du fort vénitien)

Lundi 15 avril
En route pour Sougia !
Un nuage sombre et rosâtre nous guette et menace.
Nous cheminons le long d'une route bordée de champs d'oliviers, puis sur la côte sur un sentier d'abord large, puis en corniche à flanc de montagne.
Le nuage rose libère une courte pluie tiède, et nous réalisons en voyant nos capes que ce qui donne la couleur rose ç'est du sable !
Nous traversons un plateau dont la végétation évoque une lande méditerranéenne.
Pause à Lissos, site enchanteur de peuplement antique : ruines d'un temple romain avec pavement en mosaïque à ciel ouvert, petite chapelle sombre avec des fresques enfumées par les cierges.
Nous avons aussi été impressionnés par la performance de chèvres réussissant à descendre d'un énorme et abrupt bloc rocheux.
Puis parcours montagneux et débouché sur un plateau faisant face à la mer .Nous ne voyons plus le balisage et avons failli nous perdre alors que le crépuscule approchait.
Demi-tour jusqu'à ce que nous retrouvions des marques (cairns) qui nous font descendre dans des gorges.
Je vois un animal sauvage (putois ?)
Nous finissons par arriver à Sougia.
Nous y logeons dans un hôtel (adresse du Routard) au patron crètois réservé et aimable, et au serveur (nordique ?) francophone, artiste peintre quand il n'est pas serveur, qui nous traite en amis.

Mardi 16 avril
L'après-midi balade sur le sentier E4 en direction d'Agias Roumelis
Très belles vues sur la côte.
Craquements dans un arbre. Nous levons nos regards vers sa cime, et observons … une chèvre caracolant dans les branches pour y brouter quelques feuilles.
Dans la phrygana, des pierres disposées en cercle nous intriguent (peut-il s'agir d'anciennes aires à battre ?)
Sur le chemin du retour nous rencontrons un jeune botaniste allemand, qui cherche sa loupe qu'il a perdue. Il nous apprend les noms de la litodora (borraginée, petit buisson à fleurs bleues), du flomis lanata (lamiacée à fleurs jaunes), de l'urginée maritime (liliacée dont nous rencontrons souvent les larges feuilles mais qui ne fleurira qu'en automne).

Mercredi 17 avril
Notre sympathique serveur avant de commencer son travail nous conduit en voiture jusqu'à l'entrée des gorges d'Irinis, dans lesquelles nous marchons pendant plus de trois heures .
Gorges bien aménagées, avec poubelles entourées de rondins de bois et fontaines en pierre.
Des plaques et panneaux commémorent la période révolutionnaire.
Nous voyons le cyclamen blanc.
Après les gorges nous marchons quelques heures dans des montagnes assez arides. La vue porte loin. Nous voyons les traces d'anciennes cultures en terrasses.
Découverte de deux ophrys (dont l'ophrys jaune) et d'un orchis.
Avons admiré le traquet motteux.
Puis chapelle intéressante avec son iconostase
Et enfin arrivée sur le plateau d'Omalos : site étonnant, à 1000m d'altitude, très plat, un peu cultivé (prés et arbres fruitiers) et entouré de montagnes dont certaines encore enneigées.
Nous profitons d'une flore et d'une avifaune attractives : anémones bleues, iris à tête de serpent, tulipes / alouette lulu, tarier pâtre, traquet motteux, bruant zizi .
Notre hôtel, bien que ses patrons soient hospitaliers, n'est pas encore prêt pour la saison. Le menu est unique, nous mangeons sous des trophées de chasse, et la télé est allumée en permanence.

Jeudi 18 avril
Nous montons au refuge de Kallergi à 1629 m.
Peu après le départ nous voyons des femmes cueillant des pissenlits et d'autres herbes sauvages, dont elles nous expliquent avec des gestes la préparation culinaire.
Puis au bord d'une route qui conduit vers l'entrée des gorges de Samaria, nombreuses floraisons d'anémones de différentes couleurs et de tulipes.
Nous nous engageons dans un sentier qui monte. Une Maison du Parc est en construction.
Nous avons observé de près à la jumelle trois magnifiques perdrix que nous avons crues bartavelles, mais qui d'après les guides ornitho étaient plutôt leurs cousines choukar.
Nous arrivons à des plaques de neige au-dessus desquelles poussent des crocus.
Autour du refuge (fermé en cette saison) il souffle un vent froid. Nous pouvons voir la mer des deux côtés de l'île et aussi une partie des gorges de Samaria noyées dans la pénombre. Troupeaux de moutons dans la montagne et sur le plateau.
Retour à l'hôtel au crépuscule.

Vendredi 19 avril
Retour à Sougia par un itinéraire différent de celui de l'aller peu après la chapelle déjà visitée l'avant-veille.
Le temps est humide et nous montons un large sentier qui conduit à une antenne précédée de panneaux solaires. Puis nous empruntons un petit sentier qui continue à monter dans une forêt rocailleuse de type garrigue.
Au cours de la descente le sentier s'élargit et débouche sur un village (vues sur des montagnes arides). Avons vu de nouvelles orchidées (dont une jaune) et quelques pivoines, au parfum délicat.
Dans un village c'est la fin d'une récolte d'olives. Elles sont tombées sur des filets étendus sous les arbres. Des sacs pleins s'entassent le long des routes. Un âne bâté attend attaché dans une oliveraie.
Après le village de Livadas une longue route descend, bordée de chaque côté d'un tapis d'innombrables fleurs, souvent rares et protégées en France, formant d'extraordinaires sentiers botaniques : glaïeuls, sérapias, liserons roses, ornithogales, laitue des rochers (la petromarula pinnata endémique), etc …
Quelques kms avant Sougia un jovial homme du village arrête sa fourgonnette et propose de nous reconduire, pauvres randonneurs fatigués, au " bercail ". Cette petite expédition se termine autour d'un café frappé.

Samedi 20 avril
En bateau jusqu'à Loutro. Dans le bateau nous rejoignons R., une amie de Sabine en vacances à Paléochora et avec qui nous avons rendez-vous
Pause café à Loutro, village côtier aux maisons blanchies à la chaux et aux volets bleus. Pas de route d'accès, donc pas de circulation.
Puis en avant pour les gorges d'Aradéna. Le sentier devient plus difficile pour R., qui repart avec Sabine.
Les gorges commencent comme un monumental corridor sauvage bordé de très hautes falaises. Les parois de ces falaises sont entaillées de minuscules replats sur lesquels évoluent des chèvres arrivées là on se demande comment.
Nous quittons les gorges à mi-chemin environ pour revenir à Loutro en passant par un village. Dans ce village une dame âgée toute en noire porte une grosse marmite de légumes cuits chez une autre personne.
Nuit en hôtel à Loutro.

Dimanche 21 avril
Alors que R. reste à Loutro pour repartir en bateau, nous nous engageons dans le sentier côtier qui conduit à Hora Sfakion. Sur le chemin, halte à une petite chapelle. Deux chèvres se font des câlins, se grattent mutuellement.
Nous passons par de hautes falaises et par une plage plus grande.
Au cours de notre pique-nique une chèvre attirée par la nourriture accepte de venir à nous.
Grande pause à Hora Sfakion, où nous rencontrons des groupes de randonneurs français.
Retour en bus à Héraklion, en changeant de bus à Réthymnon, dont nous apercevons la forteresse et la mosquée.

Lundi 22 avril
Ultimes visites à Héraklion.
Claudine, Catherine et Sabine visitent le musée des icônes dans l'église Sainte-Catherine et y admirent les œuvres de Damaskino, le maître du Greco.
Moi je me promène, notamment dans les espaces verts dans et autour des vastes remparts, qui sont en cours de restauration.
Je médite autour de la tombe très sobre et pure de Kazantzaki, située sur un bastion, et comportant une grande croix en bois, une dalle en pierre laissant émerger du gazon sauvage dans ses interstices, et une stèle avec un petit et précieux médaillon en métal appelant à la paix dans de multiples langues.
Quelques heures plus tard, bus pour l'aéroport.

ET PENDANT TOUT LE SEJOUR :

" L'amabilité des Crétois rencontrés (trop brièvement), amabilité si naturelle qu'on oublie naturellement de l'évoquer ;
" Les jus d'oranges aux mille saveurs, les yoghourts au miel, les verres de retsina et ceux (petits) de raki, et toute la cuisine sur laquelle il a beaucoup été écrit ;
" Les chats nombreux et variés (aussi bien physiquement que par leurs tempéraments) ;
" Et surtout ces innombrables petits riens quotidiens, indescriptibles détails ou sensations intimes qui donnent toute leur saveur aux paysages, aux ambiances naturelles et au temps qui passe.
Et pour conclure,
l'envie de revenir découvrir tout ce que nous n'avons pas vu,
et d'approfondir notre connaissance de cette île passionnante, de ses habitants, de leur histoire et de leur culture.


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Le centenaire des fouilles de Palekastro. Claire Chazeau

 

Au cœur d'un été torride déserté par Eole, l'accueillante bourgade de Palaikastro à l'est de Sitia présentait aux connaisseurs comme aux profanes une exposition commémorant le centenaire des fouilles du site de Roussolakos, près de la plage de Chiona, et de ses environs. Dans l'enceinte de l'école du village, de nombreuses planches réalisées avec soin et recherche retraçaient, en grec, en anglais et en français, les trois périodes de ces fouilles qui sont loin d'avoir révélé tout leur mystère.
Loin de prétendre à l'exhaustivité, le compte-rendu ci-dessous présente de cette remarquable exposition des extraits centrés principalement sur le site de Palaikastro.

LE SITE DE PALAIKASTRO
Situé actuellement, à l'arrière de la baie de Chiona et dominé par la colline de Kastri et le sommet de Petsofas le site de Roussolakos n'offre certainement pas le même aspect qu'à l'époque antique.
En effet la calotte en calcaire de la colline de Kastri est formée par un ancien récif de corail. Ceci montre qu'au cours des derniers millions d'années le niveau de la mer était supérieur à celui d'aujourd'hui; lorsqu'il a baissé des sédiments tendres "postmétamorphiques" ont été exposés et érodés formant les régions des bas plateaux. La vallée de Roussolakos fut en partie creusée par les Minoens, c'est de là qu'ils tiraient l'argile destinée à la fabrication de la poterie et des briques. Les baies de Roussolakos et de Chiona sont plus larges de nos jours. L'affaissement de terrains provoqué par des mouvement telluriques et l'érosion marine a entraîné le recul du littoral . La plus grande partie de la ville minoenne a été submergée. Il y avait sans doute un port, dont la localisation et l'étendue ne peuvent être que conjecturées. Le long du rivage à Bodalaki, à l'est de Chiona des murs et des éléments architecturaux gisent épars sur le sable. La mer continue de dérober le passé…
Eruption de Santorin
Le bâtiment fut également endommagé par un tremblement de terre et dut être démoli mais, avant qu'on ait pu entreprendre de reconstruire, l'éruption se déclara les ruines furent couvertes de cendres qu'on retrouva par endroit jusqu'à 12 cm de profondeur et le secteur fut en définitive abandonné par ses habitants.
Les séquelles psychologiques de ce désastre ne sont plus visibles aujourd'hui, chacun devait reconstruire sa vie, le commerce et l'économie avaient été interrompus, la conséquence la plus important semble avoir été la désaffection du culte de la déesse mère; le peuple cessa de croire à son pouvoir sur les forces naturelles et créa un sanctuaire consacré à un jeune dieu dont l'effigie semble celle du "Kouros" .

LA CRETE ORIENTALE A L'EPOQUE NEOLITHIQUE
un paysage désert (7000- 4500 avant J.-C. )
Aucun site de cette époque n'a encore été découvert Crète orientale. Cnossos est, en effet, le seul site connu dans l'île entière à présenter des vestiges d'occupation datant du néolithique ancien. Cependant on pense que d'autres sites, sur la route menant de Cnossos à Yali (connue comme source d'obsidienne), comme Mirabello, Sitia ou Palaikastro, peuvent très bien avoir été occupés dès cette époque.
Le néolithique tardif et final (4500-3200 3000 av. J.-C.)
C'est de cette époque que datent les habitats néolithiques les plus anciens connues en Crète orientale, ils sont situés dans les paysages très variés, allant de hauts plateaux comme ceux de Sitia des vallées basses et des rivages . Il s'agit aussi bien de sites de plein air que de caverne ; ils sont de taille et de fonction variée (maison isolée ou communautés plus étendues ; habitation, site funéraire).
Palaikastro : sur la côte, un site de plein air, datant du néolithique final ?
Jusqu'à présent, on a découvert que peu d'ustensiles du néolithique final lors des fouilles Roussolakos et aucune trace habitation au sol ; il doit cependant en exister qui attendent encore d'être découvertes.

PALAIKASTRO A L'EPOQUE MINOENNE
Dès le début de l'âge du bronze, la plaine de Palaikastro fut occupée. L'installation la plus ancienne vers 2900 av. J.-C. était probablement de petite taille sauf un bâtiment à Kastri et deux autres dans la zone principale du site. Progressivement la population s'est étendue sur le territoire vers 1900 av. J.-C. (époque des premiers palais de Cnossos et de Phaistos), une grande ville s'est installé avec un plan bien établie et des contacts outre-mer y compris avec l'Égypte et Asie Mineure. Vers 1700 av. J.-C. un tremblement de terre causa de grands dommages. Lors de la phase suivante, la ville fut reconstruite et connut une longue période de développement jusqu'à ce qu'un autre séisme, peut-être en 1600 av. J.-C. accompagné de pluies torrentielles et d'inondations provoquât de nouveaux dégâts.
Un programme de reconstruction fut alors mis en place et l'époque suivante fut une période de prospérité: les riches marchands firent construire de belles maisons spacieuses et remplirent leurs entrepôts de poteries finement décorées et de vases de pierres conservant les traces de leur de leurs transactions sur des tablettes écrites en linéaire A.
À la fin de cette phase la ville ressentit les effets dévastateurs de l'éruption de Théra qui provoqua des tremblements de terre et des pluies de cendres. Une fois de plus la ville fut reconstruite. Le début des XVe siècle fut à nouveau troublé par une série d'incendies très certainement causés par des agressions humaines frappant la ville. La Crète connut une phase de grande destruction généralisée. La population de Palaikastro se reprit ce qui ne fut pas le cas partout ailleurs. Des réparations de reconstruction furent entreprises au cours du siècle suivant et bien qu'on trouve trace vers 1370 av. J.-C. d'un incendie contemporain de la destruction finale du palais de Cnossos la vie continua et la prospérité revint. Enfin vers 1300 av. J.-C. un nouveau séisme frappa la ville qui sembla ensuite avoir été lentement abandonnée la population monta s'installer momentanément à Kastri, mais à la fin XIIIe siècle av. J.-C. la plaine côtière fut abandonnée, la population ayant trouvé refuge dans les montagnes environnantes.

PALAIKASTRO A L'EPOQUE GRECQUE ET ROMAINE
L'archéologie ne décèle plus traces de présence humaine à Palaikastro pendant les deux cents années qui suivirent. Vers 900 cents av. J.-C. un sanctuaire dédié à Zeus Dictéen fut institué sur les ruines de l'ancienne ville; au début il s'agissait d'un autel en plein air, mais au VIe siècle un temple fut érigé. Les fidèles vivaient encore dans les montagnes. Homère au VIIe siècle av. J.-C. et Hérodote au Ve siècle les identifient comme "étéocrètois" ou véritables crétois, authentiques descendants de la population minoenne .
Au cours du VIe siècle av. J.-C. quelques petites cités-états émergent dans la région. Les trois plus puissantes étaient Praisos, Itanos et Hierapytina (aujourd'hui Ierapetra). Et il n'y a pas de traces d'habitat dans la plaine de Palaikastro.
Mais le temple était un centre culturel important dans la région, un lieu de rencontre pour les dirigeants et la population des nouvelles cités-états. Au IIème siècle av. J.-C. Ptolémée Philométor construisit une forteresse (à Rizoviglo) pour défendre la frontière d'Itanos qui s'étendait jusque-là.
Une inscriptions d'Itanos atteste un conflit entre les cités principales à propos de son territoire et il est clair que la possession du sanctuaire dont la gestion devait être prestigieuse et certainement lucrative a été une question importante. En 149/159 av. J.-C. Hierapytina détruisit sa rivale Praisos gagnant ainsi le contrôle du temple.
Une stèle de pierres provenant du Temple présente une inscription du IIe siècle après J.-C. attestant mille ans de culte, mais le sanctuaire fut abandonné peu après, le christianisme avait apporté un nouveau dieu. Les siècles suivants après l'effondrement des romains, on vit le retour de temps troubles marqués par des incursions de pirates et des combats entre factions rivales. La baie de Palaikastro demeura inhabitée pendant 1300 ans.
Les bâtisseurs de Palaikastro
La ville minoenne de Roussolakos est située sur une colline basse qui commande la baie. Une bonne partie qui a été comblée n'est plus visible aujourd'hui, mais le plan montre un tracé urbain conçu autour d'une rue principale, qui court d'est en ouest sur presque 300 m. Des rues et allées secondaire orientées nord-sud s'en détachent, divisant la ville en secteurs ou quartiers. Ce plan a sans doute évolué progressivement, en suivant la topographie naturelle à flanc de coteaux et les routes traditionnelles.
Les anciens bâtisseurs utilisaient beaucoup de matériaux locaux : argile de la vallée de Roussolakos pour les briques, pierre à bâtir des pentes du Petsofas pour les murs des maisons, schiste rouge et vert des rivages d' Agathia et de Maridati pour paver les sols et les cours, gypse et calcaire du Cap Sidero pour certains éléments architecturaux particuliers et grès dunaire ou ammouda des carrières de Skaria pour les belles façades. Lors de l'extraction, de profondes saignées étaient creusées sur les côtés d'un bloc avant qu'ils ne soient soulevés à l'aide de leviers. Il était ensuite poussé vers la plage sur des rouleaux ; là les blocs étaient chargés sur des bateaux pour être acheminés en ville. Certaines zones de pierres étaient munies de signes qui indiquaient peut-être les blocs à découper. De telles " marques de maçon " ont également été trouvées sur des blocs en place dans des bâtiments effectifs. La plupart des bâtiments étaient érigés sur un sol isolé. Des tranchées de fondation profondes étaient creusées et des vases renversés étaient parfois déposés en offrande, pour demander la protection des dieux contre les tremblements de terre. Le site de Palaikastro recélait des vestiges variés de céramiques.
L'un des bâtiments présente une construction différente : un socle (krepidoma) en dalles provenant du Cap Sidero constituait une plate-forme sur laquelle étaient érigés des murs en bloc de grès bien taillés. Il est rare de trouver un appareil de blocs taillés dans une maison minoenne, sauf à Cnossos. Son usage répandu à Roussolakkos suggère soit que la ville était exceptionnellement riche, soit que la zone fouillée était celle où vivaient et l'élite de la population.
Les simples maisons étaient construites en briques crues. L'argile était également utilisée pour les escaliers et les enduits muraux, comme au bâtiment 5. Le bois, surtout de cyprès et d'olivier, était largement utilisé pour les toits, la charpente, les portes et les fenêtres (châssis).

RELIGION
Parmi les découvertes effectuées sur le site par les archéologues, nous avons retenu principalement celles qui tiennent aux différents lieux de cultes ou aux sanctuaires et particulièrement au fleuron de l'exposition présent sur son affiche: le "Kouros" de Palaikastro.
Sanctuaires publics à Palaikastro
Au XVe siècle av. J.-C., un autel fut érigé dans le bâtiment 5, où le Kouros d'ivoire était vénéré. Cette divinité masculine fut sans doute amenée de Petsofas, en réponse à la récente éruption de Théra.
Vers la fin de l'Age du bronze, un sanctuaire, dans le bâtiment F, contenait des vases à étrier, une conque et une petite terre cuite de déesse avec des cornes sur la tête.
Sanctuaires privés
Partout en Crète minoenne, des habitations privées comportaient des espaces sacrés, qui contenaient des objets cultuels. À Palaikastro on a trouvé dans une maison des objets provenant d'un sanctuaire qui se trouvait à l'étage. Dans un autre bâtiment on a découvert un petit placard avec des les objets cultuels in situ.
Lieux de culte
Le culte était pratiqué dans une multitude d'endroits. Aux époques reculées, la religion était pratiquée en pleine nature (grottes, sommet de montagne et bois sacrée). À Palaikastro, on a retrouvé, parmi les offrandes de Petsofas, des figurines représentant des animaux, êtres humains et différentes parties du corps.
L'importance grandissante des villes et cités entraîna le transfert du culte dans les lieux d'habitation. À Palaikastro, l'urbanisation du culte est évidente, au vu des sanctuaires, tant privés que publics. Des objets familiers des scènes de culte pratiquées en plein air, se trouvent maintenant dans des espaces clos, qu'ils soient privés ou publics, parmi ces objets : des conques, ainsi que des pièces de plus grande taille comme les bétyles.
Divinité
Bien que la religion minoenne fût centrée autour de la déesse mère, à Palaikastro le culte prédominant était plutôt celui d'une jeune divinité masculine. Ce Dieu apparut d'abord à Petsofas, puis sous les traits du kouros d'ivoire du sanctuaire urbain, sans doute précurseur du Zeus Dictéen adoré dans les ruines de la ville abandonnée.

PETSOFAS, SANCTUAIRE DE SOMMET
Introduction
En Crète, environ 25 sanctuaires étaient situés sur ou près des sommets montagneux ; la moitié se trouve dans la région qui s'étend entre Sitia et Makriygialos.
Le sanctuaire de Petsofas est un des plus importants de l'île étant donné la longue période durant laquelle il a été en activité : d'environ 2300 à 1500 av. J.-C.,alors que la plupart des autres sanctuaires furent abandonnés vers 1800 av. J.-C. Petsofas est aussi un des rares sanctuaires à avoir conservé des structures intactes.
Situation
La localisation de sanctuaires au sommet des montagnes montre à quel point il était important de dominer à la fois des sites habités, d'autres sanctuaires et la mer. De Petsofas on peut voir 3 sanctuaires : Traostalos, Modi et Atziklari et il faut à peine une heure de marche pour atteindre l'habitat de Roussolakos.
Objets découverts
La plupart des objets découverts dans ces sanctuaires sont des statuettes d'animaux et êtres humains dont un bon millier ont été retrouvés à Petsofas. Un bon nombre d'entre elles présente la même posture que le Kouros chryséléphantin. du sanctuaire du bâtiment 5. On y a découvert de la céramique, des galets, ainsi que des restes d'os et de cendres, qui montrent qu'on y apportait de la nourriture. Ces objets sont interprétés comme des offrandes à la divinité du sanctuaire, destinés à assurer la protection de la population, des animaux et des cultures.
La découverte exceptionnelle de Petsofas est celle d'un modèle réduit de cornes de consécration en terre cuite. Il pourrait s'agir d'un modèle réduit du bâtiment du sanctuaire, ou bien du double sommet des montagnes, représentant le sanctuaire lui-même.

LE KOUROS DE PALAIKASTRO
Découverte
Le kouros de Palaikastro représente un jeune homme, sculpté dans l'ivoire et habillé d'or par un sculpteur d'un talent extraordinaire pour les détails naturalistes. Ses fragments, brisés et brûlés gisaient épars dans le bâtiment 5, qui était peut-être un sanctuaire public, et à l'extérieur, dans la rue, exactement comme ils ont dû tomber lors du grand incendie du début du XVe siècle av. J.-C.
Un chef-d'oeuvre de l'art minoen
La statuette est composée d'éléments en serpentine (cheveux), en cristal de roches (yeux), en bois et en pâte de verre bleue (socle), ainsi que d'or (sandales, pagne) et de pièces chevillées en ivoire (corps). On l'appelle " kouros " parce qu'on pense y déceler un lien avec le kouros de l'hymne tardif, et, comme les statues archaïques grecs, il poursuit une série millénaire de représentations humaines égyptiennes, qui se tiennent debout, raides, la jambe gauche en avant.
Interprétation qui était ce jeune homme ?
Quatre observations appuient l'identification.
1. L'or et l'ivoire sont des matériaux somptueux, qui seront utilisés plus tard pour les statues chryséléphantines de Dieux.
2. Des vestiges du socle de la statuette, décorés de pâte de verre bleue et parsemés de petits disques d'or (aux étoiles ?) suggèrent un habitant des cieux. Il pourrait s'agir d'Orion, d'Osiris, ou de Zeus.
3. Une pierre verte polie (de bétyle) se trouvait dans le sanctuaire et rappelle des pratiques religieuses anciennes, et le mythe de la naissance de Zeus.
4. Pendant que le sanctuaire était la proie des flammes, la statue a été délibérément saccagée, elle a été fracassée intentionnellement contre le mur puis ses jambes ont été lancées par la porte, le torse est tombé à l'entrée de la pièce, la tête a rebondi un peu en arrière et des fragments du corps ont été dispersés dans les flammes du feu qui gagnait. S'agit-il de l'acte d'envahisseurs en maraude ou d'adeptes fanatiques d'un autre culte ?

LE BATIMENT 5
Le bâtiment 5 était une riche maison de ville, comptant 21 pièces. Construit sur une ancienne maison qui pourrait bien avoir été détruite lors d'un tremblement de terre, elle a subi deux grandes catastrophes au cours de son histoire longue de 250 ans. la première fut suivi d'une importante reconstruction, avec un nouveau plan intérieur ; la seconde eut des conséquences fatales: le bâtiment fut brûlé jusqu'au sol, puis abandonné, à l'exception de l'aile nord-ouest, qui fut tardivement reconstruite.
Les salles d'entrepôts ont livré quelques rhytons et jarres destinés à stocker le grain, l'huile et le vin, une série de petits vases groupés dans une marmite tripode, des cruches et des coupes (dont un grand nombre tombées des étagères en bois). La salle 8 contenait des objets de bronze et d'ivoire et un nodule en argile portant l'empreinte d'un bel anneau d'or représentant une scène de chasse. Une série de poids de métier trouvés dans la salle 19 montrent que le tissage était l'une des activités des occupants. Parmi les objets cultuels on a retrouvé des rhytons et un support en pierre pour une double hache de bronze dans la salle principale. Malgré la séparation du sanctuaire du reste du bâtiment, ces objets cultuels pourraient suggérer que cette partie du bâtiment était aussi liée au culte ; peut-être même s'agissait-il de la maison d'un prêtre.

LE SANCTUAIRE DE ZEUS DICTEEN
Un culte dans les ruines 900-550 Avant J.C.
En 900 av. J.-C. environ un sanctuaire de plein air dédié au Zeus du mont DICTEE se constituera sur les ruines de la ville minoenne de Roussolakos.
Le lit de cendres retrouvé dans le secteur X indiquerait la présence d'un autel. Des offrandes actives étaient constituées d'objets de bronze d'un travail élaboré, de
boucliers superbement ciselés, d'armures, de chaudrons géants, d'ustensiles divers et d'une scène de pierre gravée du IIIe siècle après Jésus-Christ.
On a également retrouvé un groupe d'objet votifs anciens provenant du sanctuaire qui présentent un travail du bronze très élaboré, comme des boucliers décorés en relief, des armures miniatures ou à grande échelle de grands chaudrons tripodes, certains dépassant un mètre de hauteur ainsi que des sculptures figuratives martelées. C'est l'un des groupes votifs anciens les plus importants de la Crète dorienne et il démontre l'importance et la richesse du sanctuaire.
On reconnaît qu'il s'agit d'un ancien autel de Zeus Dictéen ce qui ôte toute incertitude quantà l'identification du sanctuaire, il est très probable que ce dieu ne fait qu'un avec le kouros minoen
La construction d'un temple 550-150 av. J.-C.
Le culte se déroula en plein air durant quelques 150 ans, ensuite un temple fut bâti au cours du VIe siècle av. J.-C.

CONCLUSION
Cet article n'a aucunement l'ambition de retracer en quelques pages l'intégralité de cette exposition d'une grande richesse et d'un remarquable intérêt, mais il aura, nous l'espérons, contribué à vous faire prendre conscience de l'importance du site de Palaikestro et de l'est de l'île dans l'histoire de la Crète. Les fouilles de Roussolakos, loin d'être achevées, recèlent indubitablement d'autres secrets, comme le suggérait l'une des planches de l'exposition: "un palais encore à découvrir".


Cet article a été rédigé à partir des informations figurant sur les panneaux de l'exposition proposée en juillet et août 2002 par la municipalité d'Itanos et la British School.

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HUMOUR.

Une race en voie de disparition ou en mutation?

Onze heures bien sonnées, plutôt midi d'ailleurs, la plage est quasi déserte, l'eau plate et chaude incite à la baignade, les cigales enchaînent leur tube de l'été, les tamaris courbés par le vent "habituel" tentent de se redresser. Ces dernières années à la même période, les véliplanchistes de toutes provenances égayaient de leurs voiles multicolores les flots de la mer de Libye. Aujourd'hui rien!!!

Où sont-ils? Ont-ils subi le même sort que leurs anciens prédécesseurs, les minoens, disparus sans explication ?
On en découvre, attroupés, ou avachis sous les arbres, des lunettes sur le nez pour cacher leurs yeux affligés. Désœuvrés au-delà de l'imaginable, ils sont confrontés, cette année, à une situation qu'ils n'avaient jamais envisagée même dans leurs pires cauchemars. Grâce aux trente-cinq heures, Eole a pris des vacances, El-Nino a confisqué le meltem , les vents espérés ont déserté. Si par le passé ils pouvaient dire fièrement en croisant l'autochtone:"poly aera", cette année ils murmurent pitoyablement:"ochi aera". "Tout fout le camp".
Les véliplanchistes sont-il capables de s'adapter, que peuvent-ils faire, que savent-ils faire sans leur vent?
D'abord parler de son absence, ce qui prend du temps.
Regarder le moindre signe annonciateur:" vent du soir, espoir; palmier agité, ça va monter"…
Supputer sur les chances de revivre, au moins, une journée comme auparavant.
Panser les plaies que lui occasionne la moindre sortie en mer par une brise dérisoire, et en profiter pour tester les thérapies locales. On en a vu à cinq heures du soir, béquillé et la jambe robotisée par une gouttière à la Robocop, se soigner grâce à des doses peu homéopathiques de liquides typiquement crétois, et, sous l'effet du traitement, jeter quelques heures plus tard leurs béquilles pour courir, miraculeusement guéri comme à Lourdes. Hélas cet esprit de sacrifice, ce don de son corps, pendant une soirée, à la recherche médicale ne fut pas récompensé. Le lendemain, apparut une aggravation, la douleur de la jambe avait affecté également la tête.
Trouver une solution de remplacement à son mode de navigation. Le regard perdu dans le l'azur, suivant la progression des nuages dans le ciel, l'individu déduit, au prix d'une démarche scientifique digne d'Archimède, que si le vent n'est plus au niveau du sol il faut aller le chercher plus haut. Il expérimente alors le Kite-Surf, qui pourrait amener une mutation de l'espèce. Imitant un prophète qui, dit-on, a marché sur l'eau, il s'attaque à la légende d'Icare. Imaginez un gros cerf-volant tenu en laisse par un individu chaussé d'une planche. Grâce à des ficelles -pardon! des lignes- qui tiennent une voile flottant à quelques dizaines de mètres d'altitude, il tente de se faire tracter puis de décoller du plan d'eau. Quand tout va bien, un initié peut se faire plaisir en s'envoyant en l'air assez régulièrement. Les premiers essais sur l'eau auxquels nous avons assisté nous ont particulièrement séduits. Mais, loin de respecter le modeste objectif initial, notre véliplanchiste a tenté l'exploit: tracter un bateau! Piteux résultat! Aucun déploiement de voile, des multitudes de nœuds! Le test fut néanmoins déclaré concluant car c'est avec dextérité et célérité qu'on parvint à débrouiller l'enchevêtrement des fils, grâce aux femmes du clan.
Autre essai moins ambitieux, le maniement sur la terre ferme des quelques mètres carrés du même tissu chatoyant. Ils s'y mettent à plusieurs: le premier ficelé aux lignes, un autre pour faire décoller la voile, un autre détectant les minces courants d'air; le reste de la tribu admire, ravi de combler son inactivité. Vu de loin leur ballet ressemble un peu aux tribulations de Charlot dans les temps modernes. Mais quand les progrès arrivent et qu'on estime que la maîtrise est un peu acquise, on essaye en couple, pour s'envoyer en l'air c'est mieux!
Notre avis personnel sur l'avenir de cette nouveauté: La moyenne d'age des véliplanchistes est en constante aggravation, leurs capacités physiques s'amenuisent, bientôt ils vont réaliser que la voile leur procure surtout de l'ombre. On va sans aucun doute s'orienter vers une amélioration du dispositif: une diminution et une rigidification des fils qui pourra aboutir à la création d'un abri de plage ou d'un parasol aérodynamique plus adapté à la désaffection du vent et à leur futur état d'adhérent du troisième âge.
Enfin, pour combler les heures creuses, désespérément peuplées de silence, le véliplanchiste guette la moindre brise pour la transmission de son savoir: pour la sauvegarde de l'espèce, de même que le lion apprend à son lionceau l'art de la chasse, il va former sa progéniture et lui enseigner les rudiments de la manipulation du "matos". Debout sur la plage, l'œil rivé sur son petit, il crie : " avance le mat, recule tes pieds, c'est bien, c'est très bien….". Quel pédagogue! On en a vu tenir leur petit au bout d'un immense fil qu'ils tirent sur la plage, comme un spécialiste de la pêche au gros, pour éviter de récupérer leur rejeton à la nage, car, tout en cherchant la proximité de la mer, le véliplanchiste appréhende plus que tout le contact charnel avec l'élément liquide. Fier du devoir accompli, il se couche ensuite rassuré, convaincu que dans les décennies à venir, si la météo et la planète tournent à nouveau dans le bon sens, sa succession sera assurée.

Cette année, nous sommes repartis rassurés à l'idée que le véliplanchiste n'est pas en voie de disparition, mais que tout simplement il s'adapte. Nous le rencontrerons donc encore longtemps sur les grèves de cette île qu'il a colonisée et c'est avec bonheur que nous partagerons avec lui ces moments merveilleux qui le font apparaître tantôt ridicule, tantôt pathétique ou surprenant, mais toujours tellement sympathique.



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MOTS CROISES.

Un peu d'étymologie: trouvez des mots français hérités du grec!

1
plonge en profondeur
2
esprit malade
3
suffixe plein de "vie"
4
du grec "barque" et "homme".
5
Grand
6
Il aime les flammes
7
préfixe ou suffixe "ami"
8
florilège
9
artistes muets
10
soin médical
11
préfixe "rose"
a
avec le précédent désigne un arbre
b
synonyme d'agenda
c
préfixe "des 2 côtés"
d
préfixe "dessous"
e
massacre de "cent bœufs"
f
"fleur en or"
g
science mesurant la terre
h
esprit ou miroir
i
fleur en forme d'oreille de souris
j
pierre
k
pierre protégeant de l'ivresse
l
préfixe"autour"
m
non conformiste
n
théorie

 

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